La Corrida

Après l’expérience du planeur qui nous a emmené dans les nuages, j’ai fait une autre découverte la même semaine, bien plus terre à terre : celle des corridas. C’est arrivé un peu par hasard, même si j’avais déjà en tête d’en voir une, pour me faire mon idée et persuadée qu’elles seront définitivement interdites dans quelques années, notamment sous la pression des anti-corrida. (Pour les âmes sensibles attention les photos peuvent être dures)

Tous les ans, à l’occasion des fêtes qui se tiennent dans un grand nombre de villes du sud-ouest, des festivités sont organisées. Par exemples les fameuses fêtes de Bayonne, qui si elles restent familiales en journée, deviennent des beuveries monumentales en soirée. Dans certaines villes, les arènes sont ouvertes pour les corridas, jeux du cirque modernes. J’ai donc assisté aux dernières corridas des fêtes de Mont de Marsan pour la Madeleine.

Comment la corrida est organisée:

Les toros 

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Le petit ruban indique à quel élevage le taureau appartient

Déjà, il faut des taureaux spéciaux. Ils sont élevés spécialement pour les corridas. Lorsqu’ils atteignent un certain âge, 4 ans en général, ils sont sélectionnés pour y participer. Des dizaines de bêtes sont passées en revue par les organisateurs. Seules 8 accèdent aux arènes et sur les 8, 6 sont sélectionnées pour combattre et mourir. Les deux autres servent de remplaçants. Les élevages (ganadería) sont plus ou moins célèbres et réputés pour la « qualité » des taureaux. On en trouve en Espagne, au Portugal et en France. Le Mexique organise également des corridas et dispose de ses propres ganaderia. Les bêtes qui n’accèdent pas aux arènes suivent le circuit classique du bétail et finissent dans les assiettes des amateurs de viande.

Les matadors et la cuadrilla

Pour les corridas auxquelles j’ai assisté, il y avait 3 matadors, chacun avec son « équipe » (Cuadrilla). Cette équipe est composée de toreros « secondaires », les peónes, reconnaissables par leurs grandes capes colorées et les picador à cheval.

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Le Picadors : ils sont au nombre de deux dans l’arène, assis sur un cheval aux yeux bandés et portant une protection sur le corps contre le taureau. Le picador pique le taureau de sa lance pour lui faire courber l’échine et le rendre moins dangereux pour le matador.
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Les peones ou « valets » testent le taureau et deux d’entre eux lui lancent des banderilles (6 en tout), sortent de harpon, dans le garrot. Les banderilles sont sensées redonner un coup de fouet à l’animal qui a été blessé par le picador.

Chaque matador tire au sort deux bêtes sur les huit. Ils les affrontent à tour de rôle dans l’arène.

Le déroulé de la corrida : trois temps

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La corrida se décompose en trois temps pour chaque taureau :

 

  • le « tercio de piques » avec les picadors
  • le « tercio de banderilles » avec les peones
  • le « tercio de muleta » avec le matador (la muleta est sa cape rouge)

 

Première partie : Les corridas débutent par un tour de piste avec tous les acteurs de la journée, les matadors et leurs équipes et tous ceux qui ont un rôle à jouer dans l’arène. Puis, sur un grand panneau est annoncé le nom de la bête, son élevage et son âge.

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Le matador jette son chapeau au sol quand il arrive dans l’arène. S’il tombe à l’envers c’est signe de malchance.

Lorsque le taureau déboule dans l’arène, les peones le testent avec leurs capes, pour analyser ses réflexes et sa vue afin de déterminer de quel côté il est le plus dangereux (corne gauche ou droite). Il arrive que les taureaux aient des problèmes de vision, les rendant alors dangereux pour les matadors. Le taureau fonce sur tout ce qui bouge, même sur les barrières en bois entourant l’arène. Certains réussissent à s’assommer ainsi.

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Un peon effectuant une passe pour tester le taureau.

Puis, au son de la musique, deux picadors entrent et l’un des deux pique le taureau avec sa lance, en visant les muscles de l’encolure pour l’obliger à baisser la tête. Les chevaux ne mouftent pas malgré l’impact. Il peut arriver que le taureau renverse le cheval…

Dans certaines corridas, le matador est à cheval, et les chevaux n’ont ni protection ni les yeux bandés.

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La pique

Le réflexe du taureau est de charger à plusieurs reprises le cheval du picador, les peones essayent donc de le distraite par leurs capes et leurs cris. Les cavaliers sortent ensuite de l’arène après avoir asséné au moins deux voir trois coups de lance.

Deuxième partie : les peones s’emparent des banderilles pour les lancer sur le taureau. Il fait être rapide pour esquiver la bête. Ils peuvent se réfugier derrière les barrières en bois. Parfois c’est le matador lui même qui effectue le lancer des banderilles.

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Troisième partie : en général à ce moment la bête à la tête baissée par toutes les interventions précédentes et le danger est moindre pour la matador. Il affronte seul le taureau en lui faisant faire des passages sous sa cape (les passes). Le matador est sensé rester les pieds immobiles lorsque l’animal le frôle. Il doit « soumettre » le taureau et le fatiguer.

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Une fois épuisé, le taureau n’est plus sensé bouger, le matador procède alors à la mise à mort avec une épée (estocade) qu’il fiche au niveau du haut du dos de la bête. En théorie, le taureau meurt sur le coup ou dans les secondes qui suivent… je dis bien en théorie. Lorsque la bête reçoit le coup, elle est entourée par les peones qui agitent les capes autour d’elle afin de l’étourdir, cette fois définitivement.

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Le taureau a l’épée fichée dans le dos, mais elle est mal positionnée… le matador devra recommencer sa mise à mort. Parfois les peones mettent des coups de couteau dans la nuque de l’animal pour l’achever une fois au sol.

Une fois la bête morte, si le public a aimé la façon dont le matador a géré le taureau, il agite des mouchoirs blancs pour demander au Président de remettre au matador une ou deux oreilles et éventuellement la queue de l’animal. Puis, un train de mules (arrastre) arrive et traine la cadavre hors de la piste, au bruit des fouets qui claquent sur le sol. Des balayeurs nettoient un peu le sable et c’est reparti pour le taureau et le matador suivant.

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Il peut arriver aussi que le public demande la grâce du taureau quand celui-ci s’est montré brave. Si le Président l’accepte, il agite un mouchoir orange. Il est alors épargné et servira de mâle reproducteur une fois soigné de ses blessures. Il s’agit de l’indulto.

Le déroulé des corridas de Mont de Marsan.

Je vous ai exposé la théorie. Dans la pratique, les matadors étaient Alberto Aguilar, Emilio de Justo et Alberto Lamelas. Les taureaux, quant à eux, avaient entre quatre et cinq ans. Plus le taureau est âgé, plus il serait potentiellement dangereux (je n’ai pas de source, sauf ce que m’a dit un amateur de corrida, donc à prendre avec des pincettes). L’animal plus âgé serait plus intelligent et comprendrait à un moment que ce n’est pas la cape qu’il faut viser mais le gars qui l’agite.

Dans tous les cas, les taureaux de l’arène se sont révélés dangereux. Le premier matador a volé dans les airs avant de tournebouler au sol suite à un coup de la bête. Il n’a rien eu de grave car il a évité d’être encorné et a pu continuer son combat, mais on a eu peur dans les gradins. Il y a eu un mort il y a quelques semaines.

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Le matador Aguilar

Le second a remporté une oreille dans le combat contre son second taureau (le 5eme du jour) mais le premier qu’il a affronté, un beau taureau gris, a connu une mise à mort épouvantable, le matador a du s’y reprendre presque à dix fois pour l’achever. C’est le gros soucis, aucune des mises à mort n’a été propre. A un moment on a envie d’aller chercher un gourdin pour assommer la taureau (ou le matador, au choix) ou de lui tirer dessus avec une seringue hypodermique. Ou de payer un cours d’anatomie aux matadors…

Les taureaux étaient difficiles à toréer, en gros ils refusaient de se soumettre et au moment de l’estocade, ils relevaient la tête, ou grattait le sable de leurs pattes, prêts à en découdre. Or, le coup de grâce est compliqué à donner si la bête résiste encore.

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Une oreille pour de Justo

Le dernier matador, chauffeur de taxi dans la vraie vie, a aussi été mis à terre par son premier taureau et encorné au niveau de la fesse. Il a continué, le pantalon troué, et est revenu dans l’arène pour sa seconde bête, le pantalon en sang. On a appris par la suite qu’il a eu besoin d’être recousu entre les deux taureaux et qu’il est ensuite allé à l’hôpital pour une plaie para rectale de 8 à 10cm (olé). Je n’ai toujours pas compris comment il a pu toréer la seconde bête avec ce type de blessure.

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Lamelas, blessé

L’avenir des corridas?

Avenir très sombre, je pense qu’elles sont vouées à disparaitre d’ici quelques années, sous la pression des anti-corridas d’une part et en raison de l’intérêt plus faible des jeunes générations pour ces événements. En Espagne les arènes ferment les unes après les autres. Cela ne tardera probablement pas en France. Il est possible toutefois qu’une version plus soft demeure, comme cela existe déjà, en supprimant la mise à mort de la bête.

Sur le ressenti. Sur la forme, j’ai trouvé ça très long (2h40), forcément répétitif car six taureaux ont défilé dans l’arène. Il y avait une très bonne ambiance dans les gradins, notamment une fanfare qui donnait du rythme. Sur le fond je suis beaucoup plus mitigée, le spectacle n’était pas toujours très beau à voir et si les couleurs chatoyantes des tenues des toreros font pendant un temps oublier qu’il s’agit de la torture d’un animal dans un cadre codifié, afin de divertir les foules, les ratées lors des mises à mort laissent un mauvais goût en bouche. J’avais presque envie de voir un taureau sauter hors de l’arène et courser les organisateurs pour venger ses copains. Enfin, devant la baisse de leur activité, les matadors qui ne sont pas les plus en vue sont prêts à prendre des risques en affrontant des bêtes difficiles à gérer alors qu’ils ont de moins en moins l’occasion de s’entrainer. J’ai bien cru qu’on allait assister à une ou deux morts en direct. Il faut savoir que les très bons matadors prennent des taureaux plus faciles, c’est à dire avec un comportement plus prévisible. Les discussions avec des amateurs du genre ont confirmé que le spectacle n’était pas exceptionnel et que c’était dommage que ma première découverte de la corrida soit dans ces conditions. Je vous laisse découvrir cet article de Sud-Ouest (attention aux yeux...) qui résume la journée en images : .

Conclusion, je ne pense pas y retourner tout de suite.

Quelques sources pour aller plus loin :

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2 réflexions sur « La Corrida »

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