La belle-mère – la femme au foyer parfaite

La fête des mères s’est conjuguée avec des congés chez les parents du copain. Belles journées bien remplies par des promenades en forêt, des baignades au bord de la mer, et des retrouvailles avec des amis de G. Des lectures aussi, La Promesse de L’Aube de Romain Gary, livre sur le personnage qu’était sa mère. Logés, blanchis, nourris par les « beaux-parents » pendant la durée du séjour. Les relations sont bonnes, cependant j’ai toujours des moments d’incompréhension, qui s’accroissent au fur et à mesure du temps passé à leurs côtés.

Déjà, nos parents sont très différents, même totalement opposés dans leurs centres d’intérêt, leur caractère et leur génération : mère solitaire, indépendante, féministe et curieuse, vs mère au foyer par vocation, adorant être entourée et hyper altruiste. Père bavard, sociable, hyperactif, qui n’aime pas trop les chats vs père taiseux, passionné par le sport, un peu bougon qui adore les bêtes. Les relations avec le père de G. sont donc assez simples à base de conversations courtes, sur le sport et la politique. C’est différent avec sa mère.

J’ai ainsi vécu des scènes qui m’ont semblé improbables. Je mets sur le stress de la première rencontre, la discussion qu’elle a orienté vers le choix de la couleur et des motifs des coussins et du canapé où j’étais assise. Moment qui m’a rendu perplexe…

Autre moment de solitude, lorsqu’elle a voulu me montrer la machine à laver (au cas où). Pas juste la pièce où se trouvait l’engin, mais toute ses fonctionnalités et les lessives différentes selon le type de linge. Là, j’ai appris que G n’avait aucune idée du fonctionnement de la machine. Par contre, moi, la copine, j’ai eu droit au descriptif complet par sa mère. J’ai forcé G. à rester le temps des explications pour qu’il apprenne aussi.

Idem pour la nourriture, elle veut absolument mon avis sur la préparation des menus, si je veux manger dehors ou dedans et l’heure à laquelle je souhaite commencer le repas. Elle est absolument ravie de pouvoir rendre service, comme faire les courses pour nous. Si par malheur on fait une remarque sur un objet quelconque elle se met souvent en tête de nous l’offrir. Elle a ainsi voulu m’acheter un thermomix lorsque je me suis installée avec G, j’ai du batailler à l’époque pour qu’elle renonce. La logique est que la cuisine est mon domaine, donc c’est à moi qu’elle propose systématiquement les choses en lien avec la gestion de l’intendance. Et pas à son propre fils. Chose impensable dans ma propre famille où mes frères et moi sommes traités de la même façon. La liste de ses actions (parfois drôles, j’avoue) est longue:

  • Elle achète des cadeaux pour tous les enfants des amis de G. pour qu’on leur offre en notre nom tout en refusant qu’on la rembourse. Concrètement je me suis retrouvée à offrir des paquets sans avoir la moindre idée du contenu. Elle m’offre aussi régulièrement des cadeaux en tout genre, j’ai à chaque fois une surprise quand j’arrive (un sac à main rose, des crayons, des chaussons, …);
  • Elle me demande plusieurs fois dans la journée si je n’ai pas besoin de chaussons/ d’un pull/ d’une tisane/ d’un sac/ d’une pochette/ d’un chocolat;
  • Dès qu’on évoque une sortie pour randonner avec G., elle se met à la recherche de plans ou de cartes et à la préparation du pique-nique;
  • Elle me demande mon avis sur des choses qui ne me concernent pas ou ne font pas partie de mes centres d’intérêt. Par exemple, sur le choix de la couleur du tissu de fauteuils pour qu’ils soient en harmonie avec la teinte des murs de la pièce (je dis oui à tout ce qu’elle propose pour m’en sortir). Elle m’a aussi demandé, sur le ton de la confidence, si je pensais que la valise qu’elle venait d’offrir à G était, à mon avis, assez fonctionnelle et adaptée à ses besoins. Là je lui ai dit que je n’en avais aucune idée et qu’il fallait qu’elle voit avec G directement. Je n’avais pas encore petit-déjeuner et j’étais déjà de mauvaise humeur.

Elle se plie en deux pour nous en raison d’un caractère perfectionniste. Son plaisir est de faire plaisir aux autres avant tout. Hélas pour elle, ayant une bonne partie du tempérament de ma mère, je ne suis pas vraiment sensible à cette étalage de bienveillance à mon égard, que je vis parfois comme une infantilisation déplacée. Plus le séjour avance et plus la relation que nous avons se transforme, au point que j’ai parfois l’impression d’avoir une employée de maison au garde à vous prête à anticiper chacun de mes besoins. Au fur et à mesure, mon capital de patience s’épuise. Je parle peu de peur de lui mettre en tête l’idée de m’acheter je ne sais quoi. Les hommes de la maison étant en plus taiseux, l’ambiance est top… .

J’ai compris depuis que c’est son fonctionnement et qu’on ne pourra pas le changer.

Il y a quand même des côtés marrants, car elle possède une grande spontanéité. Au restaurant elle a déjà donné des conseils aux serveurs à destination du cuisinier pour améliorer les plats qu’on goutait. Elle a demandé cash à un gérant si c’était bien lui qu’on avait vu dans Top Chef au moment de prendre une commande (envie de me cacher sous la table). Toujours au restaurant, le réflexe doggy bag, non pas pour que son mari et elle puissent manger le lendemain la délicieuse viande de bœuf argentin, mais pour donner le tout au chat. En précisant avec son mari l’identité du destinataire de la boîte au serveur (re-envie de me cacher sous la table). Elle propose toujours de nous donner des dizaines de boites de pâté, des gâteaux, des biscuits quand on repart ou prendre en charge le lavage de notre linge. Elle est infatigable : au nouvel an elle est restée avec la bande d’amis de G. jusqu’à 4h du matin à jouer aux cartes. J’étais épuisée. Pas elle. Le lendemain elle était toute fraiche et pimpante.

La dernière rencontre a cependant été plus difficile à gérer pour moi. Il y a eu en effet de nouveaux épisodes à rajouter à la liste!

Pour commencer, on a eu la visite d’amis de G, jeunes parents d’un gros bébé très mignon, au domicile de ses parents. La mère de G est gaga des bébés, vraiment, je n’ai jamais vu ça ailleurs. Du coup, elle a été bien occupée à porter le petit, lui parler, tâter ses bourrelets jusqu’à accompagner sa maman pour le changer.

« C’est fini, vous n’allez jamais le récupérer » ai je fais remarquer aux parents en riant jaune, interloquée par sa passion pour le petit. Si un jour j’en ai un avec G. ça va être drôle (non, j’ai peur).

Ensuite, j’ai eu la mauvaise idée de lui parler du livre que je lisais de Romain Gary. Sujet sans risque pensais-je. Et voilà qu’elle file vers sa bibliothèque, prend un escabeau et fouille dans les ouvrages pour me fournir tous les Romain Gary qu’elle trouve. Malgré mon refus (elle ne comprend pas toujours le « non »).

Enfin, le dernier soir, un pique-nique sur la plage était prévu avec des amis de G. J’ai eu la mauvaise idée d’interroger G sur la façon dont on allait s’organiser au niveau alimentaire devant sa mère. Elle a tout de suite proposé de s’en charger. Elle n’avait rien à faire, ça lui faisait plaisir. On lui a dit, plusieurs fois « non » et qu’on allait s’en occuper, avant de sortir faire un tour. Évidemment, quand nous sommes revenus, elle avait tout préparé jusqu’au panier en osier pour porter le tout. Elle s’est approchée de moi pour me demander ce que je pensais emporter par rapport à ce qui était posé soigneusement sur la table ronde de la cuisine, les mains croisées sur le ventre, le devoir maternelle accompli. Oui, même quand il s’agit des amis de G, c’est moi qui doit donner mon avis sur les aliments à emporter. J’ai chopé G au passage pour ne pas subir un tête à tête qui aurait commencé par la liste des types d’apéritifs et fini avec quel pâté il convenait d’emporter. G, entrainé de force par ma personne dans la discussion, lui a fait remarquer en haussant un peu le ton qu’on avait pas besoin de faire un « brainstorming » pour un pique-nique, mettant fin à la séquence. On a pris le tout et on est s’est sauvé sur la plage.

Hélas, sur la plage, le mauvais temps est arrivé. Pliant bagage nous nous sommes réfugiés vers l’habitation la plus proche, celle des parents de G. Très gentiment, ils ont accueilli tout le monde, même un chien, qui s’est mis en tête de trouver et manger le chat en reniflant tout le salon (on l’avait planqué dans la salle de bain). Et là, la mère de G est passée à l’action : nappe propre sur la table, boissons pour tout le monde et cerise sur le gâteau un dessert improvisé pour sept personnes, fraises, crème fouettée et babas au rhum. Je l’observais, heureuse au milieu de toute cette animation, répondant avec modestie que c’était normal d’apporter autant d’attention aux invités et que ce n’était qu’un petit dessert très simple. Un des amis de G, connaissant depuis longtemps le phénomène, s’est mis à me répéter « Prends en de la graine! » pour se moquer de moi. Aucune chance, elle est imbattable à ce jeu là et je n’ai aucune ambition dans ce domaine. J’ai été achevée lorsqu’elle a dit à la cantonade que ce soir la maitresse de maison c’était moi. Si dans sa bouche c’était un compliment il en était autrement à mes oreilles.

Autant vous dire que j’appréhende un peu mon prochain séjour.

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7 réflexions sur « La belle-mère – la femme au foyer parfaite »

  1. Propose lui menu du jour : auberge espagnole !
    Elle veut bien faire et en fait trop. Plus j’avance et plus je sais que je suis loin d’être parfaite et je répète à la cantonade : je ne suis pas la fée du logis… 😉 Et quant à passer ma vie derrière les fourneaux : Ah non, ça alors…

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  2. Cela me rappelle un tout petit peu quelqu’un… Mais en te lisant, je me pose la question: la Belle-Mère en question a-t-elle des chances de tomber un jour sur cet article? Et quelle pourrait-être sa réaction?
    Ou: l’a-t-elle lu? Et comment a-t-elle réagi?

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    1. Non, elle n’utilise pas vraiment son ordinateur, très peu de chance que cela arrive. Pour l’anecdote le dernier séjour chez elle s’est beaucoup mieux passé, comme quoi rien n’est gravé dans le marbre. 🙂

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      1. Moi j’aurais hésité à publier, parce que rien ne dit qu’elle ne tombe pas dessus, ou que quelqu’un le lui signale… C’est quand même un peu délicat, non?
        Cela dit, le portrait est très vivant, l’article très bien écrit! Bravo!

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