Des univers parallèles : le monde des enfants et des jeunes parents

Depuis que je suis avec G., j’ai eu l’occasion de découvrir sa famille et ses potes. Et, si le courant passe bien avec quasiment tout le monde, j’ai eu l’impression de découvrir des mondes parallèles, principalement celui des enfants et de leurs parents.

Le monde des enfants s’est ouvert petit à petit, grâce aux collègues plus âgés dans un premier temps. Les enfants sont en effet très souvent le sujet de discussion des jeunes parents qui comparent l’évolution respective, les centres d’intérêt et les bêtises de leur progéniture. Par exemple, à la machine à café, j’ai eu droit à des discussions entre mères sur la notion d’intimité à enseigner aux petits depuis que Petit Paul a découvert la masturbation à 4 ans. Les repas du midi entre d’un côté des jeunes mère et de l’autre des femmes enceintes, quand on est la seule nullipare, sont aussi assez… instructifs.

L’autre point d’entrée dans cet univers ce sont les cousins et les cousines qui ont des enfants et que l’on voit pousser au fil des années, de manière épisodique. Enfin, le dernier, ce sont les amis qui « s’y mettent », notamment ceux de G qui sont tous trentenaires. Le fait est qu’avoir des enfants est très très souvent la préoccupation majeure de ces trentenaires en province avec l’achat de la maison et éventuellement la construction de la piscine sur le terrain. Mes collègues parisiens du même âge sont loin d’être tous dans la même dynamique (surtout pour la maison et la piscine étrangement). Invariablement, chaque rencontre avec ces amis, en couple, (il reste heureusement des célibataires) débouche à un moment sur les questions suivantes :

  • « Et vous le faites quand ce bébé ? Allez, vous êtes les prochains ! »
  • « Et le mariage alors ? »

Mais-de-quoi-je-me-mêle? Avec G. on esquive. On a trouvé comme parade la vie sur Paris (pour beaucoup de gens c’est inconcevable d’élever des enfants dans la capitale) et la taille de l’appartement pour couper court – le fait d’avoir d’autres projets que d’enfanter de suite à l’approche de la trentaine n’étant bizarrement pas toujours compris.

Questions que m’ont toujours épargnées mes parents et ceux de G, heureusement (pour eux).

Après l’arrivée de l’enfant, j’ai l’impression que la distinction homme/femme est bien plus marquée. Les femmes « mamans » que je fréquente jouent et stimulent les enfants, les bouts de discussions tournent autour d’eux ou encore autour de l’aménagement de la maison, déco, cuisine ou fringues (toute l’intendance en gros) et les hommes « papas », placés un peu plus loin dans la pièce discutent boulot ou sport. Et je me trouve coincée entre les deux. J’ai droit aux discussions sur les bébés d’un côté, ce qui en soit ne me dérange pas, c’est un univers que je commence tout juste à découvrir. Je considère les enfants comme des petits animaux en voie de domestication, donc assez marrants à observer. De l’autre, j’adore parler boulot et j’aime bien le sport : regarder le football ne me pose pas de problème (j’y jouais beaucoup plus petite) et je me suis pas farcie les noms d’une partie de l’équipe de l’OM (G est fan, oui, il n’est pas parfait) pour me retrouver exclue alors que j’ai mon mot à dire sur Bielsa et sa glacière ou la remontada du Barça face au PSG. Bref, mon cul est de plus en plus entre deux chaises, et j’aurais voulu parler un peu de tout avec tout le monde et ne pas choisir le sujet en fonction du genre de mon interlocuteur et inversement. Conséquence, j’ai déjà eu de grands moments de solitude où je passais la soirée sans ouvrir la bouche, les uns et les autres bavardant de leurs côté, les hommes ne voyant pas l’intérêt de m’inclure dans leurs conversations et celles des femmes ne m’emballant pas du tout. Je constate que la séparation est de plus en plus physique, chaque groupe dans son coin de la pièce. Perturbant.

Observer l’élevage des enfants, c’est aussi constater le début de l’installation de stéréotypes de genre par les parents. Pour les filles :

  • Du rose partout, la peinture de la chambre, les habits, les jouets, et hors de question de sortir la petite d’un mois sans un signe distinctif de cette couleur. Je ne vois pas trop le problème à cette âge là – j’ai eu les cheveux courts jusqu’à 10 ans et on m’a souvent pris pour un garçon, ça m’amusait bien de voir les gens se tromper.
  • Des tutus. C’est quoi ce trip avec les tutus?? (j’ai fait un peu de danse petite et je garde une dents contre eux).
  • Des jeux avec des dinettes et l’équipement de la petite ménagère.
  • Des réflexions sur la beauté, rarement sur ses autres qualités de l’enfant (vive, espiègle, dynamique, forte, maline, marrante…) et la sempiternelle référence à la princesse. Donc au physique, encore.
  • Des commentaires sur les filles qui sont de « vraies petites filles » lorsqu’elles aiment jouer à des jeux « féminins » comme la poupée. Et les autres, que sont-elles? Des contrefaçons?

Le pire que j’ai eu ne concernait pas les amis de G, mais de mes parents, ayant eux sur le tard des jumeaux, un garçon et une fille, deux ans à l’époque. La maman répétait tout le temps à sa gamine :

  • « Tu es une FILLE, une FI-LLE. Oui ma chérie, tu es une petite FILLE. »

Je me demande encore pourquoi ce besoin de lui faire rentrer ça dans le crane si tôt. A deux ans on est avant tout un ou une enfant et en dehors des différences biologiques liées au sexe anatomique, les enfants ont exactement les mêmes capacités.

Bref… .

Cela donne parfois des moments où je rembarre un peu les gars quand ils suggèrent qu’ils vont suivre le foot entre mecs de leur côté. Et moi alors? J’ai droit à ma bière aussi! Quant aux nanas, je rebondis très peu sur leur conversation quand on tombe dans des sujets déco ou shopping.

Du coup, parfois, je laisse tomber tout le monde et je pars jouer avec les gosses. Leur imagination est leur innocence me réconcilie avec le genre humain.

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6 réflexions sur « Des univers parallèles : le monde des enfants et des jeunes parents »

  1. Ça me rappelle des trucs… 😉
    Oui, j’ai connu ces collègues en cloque, à répétition, ces conversations concernant les couleurs attitrées liées au sexe du bambin.
    Mais bien longtemps après, j’ai savouré les conversations autour de la difficulté d’éduquer ces enfants rois, les maladies, l’adolescence, puis les ruptures amoureuses et divorces.
    Ouf, j’ai évité tout cela. Bon, lors de tes périodes de silence parmi ces conversations (que tu juges stériles) profites-en pour analyser tes ami(e)s ou collègues. C’est édifiant au fil du temps. 🙂
    Allez courage, j’ai l’impression que tu es sur une bonne voie. Celle de ne pas faire comme tout le monde. 🙂

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  2. Pfiou, je me reconnais tellement dans ton article ! Je ne compte plus le nombre de soirées où j’ai été prise en étau entre les « mamans en folie » d’un côté et les mecs dépassés par tout ça de l’autre. Maintenant je file systématiquement avec les enfants, qui sont toujours d’une excellente compagnie ^^ Et cette manie du ROSE – Eurk ! c’est bon ça va le faire, ta fille a un vagin, pas besoin de repeindre sa chambre couleur barbapapa ou de la déguiser en bonbon vivant ! Mais bon, quand je tente d’expliquer qu’il faut arrêter de pratiquer cette séparation systématique entre les petits garçons et des petites filles, que ça engendre beaucoup d’inégalités et d’incompréhension plus tard, je rencontre beaucoup de regards sceptiques. Ya encore du taf !

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    1. Je tente parfois d’intervenir, mais je trouve que c’est délicat de remettre en cause le fonctionnement des parents quand ils t’invitent chez eux. Je me contente le plus souvent de soupirer intéreirement (pas très productif, je sais ).

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      1. Ah ah ah 🙂 c’est sans compter l’argument imparable/irréfutable/qui marche à tous les coups « non mais toi tu ne sais pas, tu n’as pas d’enfants ». Moui, bon, je vais me rasseoir et je me tais ^^ Une amie qui est elle-maman m’a dit que c’était tout aussi dur d’en discuter entre parents – tout vire à la compétition…

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      2. Tu peux, cependant, offrir un vêtement en dehors de la gamme de couleurs bien pensantes… Genre flashy, violine, moutarde, maronnasse,… 😉 Rien que pour voir la tête du parent ! 🙂 Je sais, je suis sans pitié. Ben justement, cet fin d’après-midi, j’ai accompagné une amie dans un magasin d’une chaine de vêtements pour enfants. Plein de jolies petites robes pour petites filles. Ben j’ai résisté au bon chic, bon genre. Et puis, flûte, ben j’ai pas eu envie d’acheter. Na !

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  3. Oui, argument d’autorité, pas facile de répliquer derrière. Mais tu as raison, ça doit déjà pas être facile au quotidien de gérer les remarques des membres de sa famille, de ses amis et même de parfaits inconnus sur la manière dont tu élèves tes gosses.

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