Modélisme

Un train direction le Sud Ouest. Je lis en attendant que ça se passe. Mon fauteuil côté couloir me positionne face aux passagers d’une partie du wagon. Un papi semble m’observer. Je croise régulièrement son regard quand je lève les yeux de ma lecture.

Jamais longtemps, je me méfie. J’ai déjà eu des voisins indélicats à supporter. La grand mère incapable de calmer ses deux petits enfants, l’un tapant sur l’autre jusqu’à le faire pleurer. Un Espagnol expliquant à voix haute un exercice à son fils et le traitant de con quand il ne comprenait pas (même dit en espagnol ça ne passe pas). Un jeune faisant un jeu vidéo et commentant toutes ses actions cherchant absolument à rentrer en contact avec les gens autour pour discuter. Il a fini par trouver une « victime » pour parler alors que le train était arrêté pour un problème quelconque. Elle venait d’Outre Mer, il a fallut qu’il lui demande s’il y avait des routes et de l’électricité là-bas. Et je passe les classiques coups de téléphone, la musique tellement forte que le casque n’arrive pas à la contenir, les enfants, la pose de vernis à ongle (!!) dans un espace confiné, les histoires de cœurs partagées avec tout le wagon etc etc.

Bref, tout ça pour dire que mon rapport aux gens dans le train c’est fichez moi la paix je n’ai pas envie de communiquer avec vous.

Le papi n’a pas bougé de son siège. Nous sommes descendus à la même gare. Sur le quai voilà qu’il s’approche, s’excusant de m’avoir dévisagé tout le long.

–  » C’est fou comme vous ressemblez à ma petite-fille. J’ai cru que c’était elle pendant un moment. »

Finalement il était très poli et gentil. On s’est dit au revoir et j’ai continué ma route. Après quelques jours j’ai repris le train pour rentrer. Je m’avance dans le wagon avec mes bagages et je lève les yeux… de nouveau le papi assis juste à côté. Il a l’air aussi surpris que moi. Me sentant un peu obligée je m’installe à côté de lui. J’espère clore rapidement la discussion et retourner à mes livres.

Il m’apprend qu’un décès soudain dans sa famille l’oblige à rentrer provisoirement sur Paris. Donc hasard total. Puis il commence à parler un peu de lui, de sa vie. Je le questionne aussi, par politesse au début (il a peut être besoin de parler après ce décès) puis par véritable intérêt.

Les 4h de train sont passées trop vite. Cet homme s’est avéré passionnant. Jamais vu quelqu’un de son âge aussi joyeux, optimiste et avide de transmettre, tout en restant très humble et pudique. Ancien de la SCNF il est dans une association de modélisme. Le ferroviaire reste sa passion. Il voyage un peu partout en France à la rencontre d’autres associations pour partager ses connaissances d’ancien cheminot. Il me raconte ses enfants, ses petits-enfants, les copains, les voyages, sa découverte du Sud Ouest. Il a les yeux qui brillent, le sourire facile. Sa soif de vie m’impressionne.

On échange nos coordonnés avant l’arrivée à la gare.

Ce fut une très belle rencontre.

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