Visites autour du Gobi – 8ème jour

Pas de poêle, il fait suffisamment chaud les nuits dans le désert de Gobi. En revanche les yourtes sont lestées avec des bidons remplis de sable, à l’intérieur et à l’extérieur de l’habitat. Cela leur permet de mieux tenir lors de coups de vent. Selon notre guide la température oscille entre 40°C l’été et -20°C l’hiver. Au mois de septembre il fait entre 20°C et 25°C, température idéale entre ces deux extrêmes.

Donc le matin, point de feu pour se réchauffer. A 7h30 le soleil était déjà levé, nous avons découvert notre environnement. Les yourtes des nomades étaient situées à quelque centaines de mètres des nôtres. Un petit évier avec un bidon rempli d’eau servait à se laver les mains et un peu plus loin des toilettes (un trou dans le sol et 3 planches d’à peine 1m de haut pour se dissimuler). Au sol des petits cailloux colorés, certains polis arboraient des teintes jaunes, orange, rouges. Peu de plantes au sol. Surprise : on a trouvé plein de petits pieds de ciboulette.

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Tout le groupe s’est rassemblé sous la même yourte pour petit-déjeuner. Nous avons gouté du yaourt fait par la jeune femme qui nous avait accueillis la veille. Elle, son mari et leurs deux garçons, possèdent un cheptel important de bêtes (près de 1000 têtes) : chèvres, moutons, vaches, chevaux, chameaux… . Ils vivent confortablement grâce à ces troupeaux, aidés par les membres de leur famille qui en retour accèdent facilement à de la viande ou des produits laitiers.

Vers 9h nous sommes montés dans les voitures de la veille pour débuter le programme de visites. Tout d’abord nous sommes allés voir quelques dunes de sables. Il faisait encore frais et humide. On a vu courir au sol de nombreux petits lézards. Le sable était encore froid et humide. Certains du groupe l’ont mis dans des bouteilles, d’autres ont préféré ramener des petites pierres colorées

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Puis nous sommes allés voir un monastère. Devant, une énorme stèle afin de rendre hommage au moine à l’origine de sa création, Dulduityn Danzanravjaa, figure très importante du bouddhisme en Mongolie. Cet orphelin est devenu poète, écrivain, homme de théâtre et intellectuel progressiste. Il a essayé au cours de sa courte vie de réformer le bouddhisme, par exemple en y intégrant davantage les femmes.Dans ce monastère un édifice était réservé aux hommes moines, un autre aux nonnes. Nous avons rencontré une jeune femme moine qui priait. Elle nous a indiqué prier ainsi toute la matinée. Le reste de l’année elle étudie la théologie à Oulan-Bator. Nous avons voulu rentrer dans un stūpa pour voir la statue d’un bouddha, mais en raison d’une panne d’électricité le site n’était pas accessible.

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Le stupa
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Un des quatre gardiens du Bouddha du stupa

Nous avons continué vers un autre lieu : le monastère de Khamriin Khiid.

 

Cet endroit est un site d’énergie et constitue une porte d’entrée vers Schamballa, sorte de paradis, dans la croyance bouddhiste. Ceux qui arrivent à y entrer ne doivent rien dévoiler de ce qu’ils y ont vu. On pourrait l’atteindre physiquement et spirituellement en « s’élevant ». Le bouddhisme croit en la réincarnation des individus à leur mort. Si on atteint un haut niveau de spiritualité la réincarnation prend fin et on peut se rend alors dans le Shamballa.

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Selon notre guide, certaines personnes peuvent ressentir cette énergie en entrant dans le site. Elles se mettraient alors à pleurer par exemple. D’autres ne ressentent rien. Or, en arrivant dans ce site je me suis mise à pleurer : mes yeux me piquaient de plus en plus, avec le nez qui coulait, comme une allergie soudaine (peut-être les encens?).

On a de nouveau tourner autour d’ovoos. On tourne beaucoup en rond avec le bouddhisme… . On a fait des offrandes également, constituées de petites graines. D’autres Mongols présents sur le site on quant à eux utilisés de la vodka pour les offrandes. En bon vivant, Dulduityn Danzanravjaa en raffolait.

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Les yeux gonflés je ne voyais plus grand chose et je n’avais qu’une seule hâte, rentrer sous une des yourtes pour me reposer. Avant de partir nous avons acheté quelques cartes postales à l’entrée du site. Voyant mes yeux explosées, la sage-femme du groupe qui avait sur elle des antihistaminique m’en a donné un pour me soulager.

Avant de revenir aux yourtes nous sommes passés par un dernier endroit où on pouvait taper dans une cloche. Il fallait taper 3 fois dessus. Devinez qui n’a rien écouté et a tapé 4 fois?

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Dans la voiture sur le chemin du retour mes yeux pleuraient encore pas mal mais ça a commencé à s’arranger progressivement. Après le déjeuner je me suis écroulée sur le canapé pour dormir un peu. Dehors la chaleur montait. Le couple adepte du hors piste est parti en direction d’une chaine de montagne où il avait repéré ce qui ressemblait à un monastère. Les autres ont marché un peu autour du camp, à la recherche de pierres, ou se sont reposés également. On attendait l’arrivée des chameaux promise pour 16h. Après la sieste, les mirettes en bonne forme j’ai dessiné un peu. Le couple de Normandie avait posé un lit hors de la yourte à l’ombre de celle-ci pour bouquiner en paix.

Vers 15h30 on a vu les chameaux se rassembler pas très loin des yourtes des éleveurs. le soleil tapait bien, le chemin pour les rejoindre paraissait bien long. On a refait des groupes pour la balade sur le dos des animaux.

Alors les chameaux c’est assez particulier. Côté positif on est calé entre leurs deux bosses ce qui limite les risques de chutes…. et c’est tout ma foi. Le guide nous a dit en rigolant qu’on allait pouvoir tester un nouveau parfum, Chamelle N° 5. Ces grosses bêtes dégagent en effet une odeur pas très agréable qui s’incruste dans les tissus. Elles ont tendance à recracher (vomir?) régulièrement d’où leur super haleine. Et comme les chevaux mongols les chameaux peuvent être têtus. Ils se meuvent bizarrement et mastiquent sans cesse et, j’oubliais, sont pétomanes. Il y a quelque chose du dinosaure chez eux. D’ailleurs, petite anecdote, dans les Landes à la fin 19ème siècle les pouvoirs publics pensaient que le dromadaire pouvait s’adapter à l’environnement et au climat landais. Plusieurs dromadaires y ont donc été introduits pour réaliser divers travaux. Mal leur en a pris, certains sont tombés malades en raison du froid et de l’humidité, d’autres sont retournés à l’état sauvage. Dans la deuxième moitié du 20ème siècle une équipe d’archéologue mettant la main sur squelette dans les Landes a cru trouver les ossements d’un dinosaure. Erreur, c’était un de ces dromadaires.

Bref, je n’ai pas eu le coup de foudre. En revanche Gégé pour ces mêmes raisons les aime beaucoup (ne me demandait pas ce que ça signifie!).

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Donc après quelques coups de pieds donnés par un nomade dans le ventre d’un récalcitrant qui ne voulait pas se lever (pas drôle) le premier groupe s’est élancé, en caravane. C’est à dire que le cavalier en tête tient, en plus de la longe de son animal, la longe du chameau qui le suit, le cavalier qui suit tenant celle du troisième etc. Une heure de promenade dans les environs. On est rentré se remettre à l’ombre sous la yourte en ramenant les sacs des cavaliers, pas pratique à dos d’animal. Puis notre tour est arrivé. La bête de Gégé a vomi sur le T-shirt d’un nomade (vengeance!). Une fois les animaux au sol il est facile de grimper dessus. Il n’y a en revanche pas de selle, seulement une couverture de posée et des étriers qui pendaient de part et d’autre du dos de la bestiole.

On a fait un peu de trot, en tenant la bosse devant nous d’une main, l’autre la longe de l’animal. Pour les faire avancer on a crier des « tchou » (comme pour les canassons) encouragés par la jeune femme nomade qui nous souriait (on devait bien la faire rire…). Gégé a pu diriger seul son chameau pendant un moment avant de revenir dans la caravane.

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On est rentré un peu fourbu avec une belle démarche de cow-boy une fois au sol. Le soleil avait pas mal tapé également.

A peine descendu des chameaux le dîner a commencé avec la famille. J’ai pu me changer dans la yourte inoccupée entre deux plats car les habits étaient imprégnés de l’odeur des animaux – pas agréable du tout. Nos hôtes ont mangé avec nous, l’occasion de leur poser des questions. Comme lors des précédentes rencontres avec des Mongols les mêmes questions sont revenus: l’école, l’avenir qu’ils souhaitent à leurs enfants, comment ils voient le futur de leur pays, notamment le nomadisme.

Ce qui ressort des différentes discussions c’est que les jeunes générations abandonnent de plus en plus le style de vie nomade, sans grande surprise ils recherchent une amélioration de leurs conditions de vie et cela passe souvent par un travail en ville. L’arrivée de la TV dans toutes les yourtes a ouvert de nouveaux horizons. La capitale a d’ailleurs beaucoup de mal à gérer le flux de population, des bidonvilles parsèment sa périphérie. Des parcelles sont délimitées par des palissades, à l’intérieur une ou deux yourtes et parfois des habitations en bois, en contreplaqué ou un peu plus solides. Nos hôtes s’en sortent très bien, au regard de la taille de leur troupeau ils sont relativement riches et gagnent mieux leur vie que beaucoup d’urbains. Notre guide bilingue était un des rares urbains du voyage avec la cuisinière qui possède son restaurant en ville.

L’intérêt de ces discussions c’est qu’elles révèlent également les pensées des touristes. Beaucoup s’extasiaient de la vie des nomades en mode « le bonheur c’est tellement simple finalement », « il faut absolument qu’ils préservent ce mode de vie nomade », « se réveiller tous les jours dans ce décor, que faut-il de plus », « ne changer rien » etc, etc… . Rien de méchant ou de scandaleux, juste une bienveillance un peu malvenue (dont nos hôtes n’ont que faire de toute façon). Nous sommes en septembre, le temps est clément et la météo douce. On reparlera du bonheur de vivre sous une yourte par -30°C, de gérer son bétail, son bois, les accidents et la vie quotidienne. C’est loin d’être une sinécure et le « bonheur ». C’est dur. Un choix certes, mais dur, qui longtemps n’a pas été un choix « libre » mais la seule possibilité pour vivre dans ce pays dont l’environnement n’est pas toujours hospitalier, notamment l’hiver. Aucun agriculteur ou travailleur manuel dans notre groupe de touristes et je ne les vois pas abandonner leur maison, leur jardin, leur CDI pour s’acheter un lopin de terre et y faire pousser des légumes ou des fruits à notre retour. Bref, ces airs béats et ces remarques m’ont un peu saoulé.

Autre élément qui m’a grandement agacé, c’est la prononciation du prénom du guide (deux syllabes) : alors que celui-ci a réussi à retenir nos 10 prénoms dès le premier jour quasiment, le sien et celui des autres nomades ont refusé de s’imprimer dans plusieurs cerveaux. Au bout de plus d’une semaine de vie commune ça la fout mal, question de respect pour la personne. Malgré les tentatives de correction récurrente dès qu’une mauvaise prononciation franchissait les lèvres rien n’y faisait. Autant dire qu’en ce qui concerne le vocabulaire nous avons appris très très peu de mots (notre niveau a peu être découragé le guide…).

Ce qui m’a achevé ce sont le remarques sur les Chinois. Les Mongols et les Chinois ont une histoire commune plus que compliquée, faite d’invasions, de domination et de ressentiments. L’arrivée des communistes en Mongolie les a chassé, très bonne chose selon notre guide, pas très tendre avec eux. Il nous a fait découvrir des blagues assez horribles à leur sujet un soir autour du feu de camp. L’évocation de cette problématique, qui ne concerne que ces deux nations a libéré la parole de certains membres du groupe qui se sont lancés dans leurs pires anecdotes avec des Chinois. Petit malaise pour moi, d’autant plus j’avais toujours en tête un fait divers récent. Quelques semaines avant un Chinois a justement été tué à Aubervilliers dans la rue en raison d’un cliché tenace : les Chinois transporteraient de grosses sommes en liquide sur eux. Bref, autant dire que j’ai eu besoin de sortir de la yourte prendre l’air pour finir de manger à l’écart. La parole se libère facilement quand il n’y a pas de contradicteurs – pas évident d’entrer en confit frontal avec les autres, j’ai préféré prendre sur moi ainsi que plus tard à la fin du séjour (j’y reviendrai). Fin de la parenthèse.

Après le diner l’apéro a commencé. Les hommes y ont participé en grande majorité. Les lits ont rapidement été sortis des yourtes et posés dans le début du désert. Un peu plus de la moitié du groupe souhaitait tenter la nuit à la belle étoile, en particulier pour assister au levé du soleil. Dehors l’apéro battait son plein, sa rigolait fort. La vodka, le genépi et la chartreuse y ont été finis, obligeant les buveurs à se rabattre sur le lait fermenté. Posées sous la yourte avec le duo mère-fille et la sage-femme, nous avons pu bouquiner tranquillement avant de nous endormir.

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